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Réflexion autour des business models de l'animation japonaise

Beaucoup de personnes parlent des business models comme s'il étaient des analystes financiers avec beaucoup d'expérience capables de dire sur un coin de table comment être rentable. Cet article a pour but de faire part de ma vision sur les business models de l'animation japonaise à la télévision et les problèmes qu'ils rencontrent. Il est sûr que je n'ai pas le savoir absolu en la matière et cet article ne reflète que ma pensée seule à partir des informations que j'ai pu glaner.

Qu'est-ce qu'un business model ?

Business model est un terme lancé à tort et à travers partout par les plus enflammés des trolleurs sur internet.

Lorsqu'on parle de business models sur internet, on entend souvent la définition des moyens de revenus d'une entreprise sur un service ou un produit. Ainsi si l'on essaye de définir le business model d'une baguette de pain, on parlera du coût de fabrication, du prix de vente et des processus engagés pour la vente du pain afin d'être rentable.

Le business model est finalement une clarification de ce qui permettra à notre produit d'être rentable. Un bon business model permet de faire du profit à l'entreprise tandis qu'un mauvais n’engrangera aucun profit voire même des pertes pour l'entreprise.

Quel est celui de l'animation japonaise ?

Je ne suis pas analyste financier et donc je n'ai pas le savoir absolut sur ces business models. Cette partie ne contiendra sûrement pas l'ensemble du business model associé à l'animation japonaise et il est possible qu'il soit différent pour certains studios d'animations ou format.

Un studio qui réalise une série télévisée animée peut situer son revenu sur 4 niveaux :

  • La diffusion télévisée

  • Les produits dérivés

  • La vente en DVD ou VOD

  • L'exploitation sur d'autre territoire

La diffusion télévisée

Lorsqu'une série est diffusée sur une chaîne de télévision, la plupart du temps, le canal TV a payé pour obtenir un droit de transmission. Ainsi chaque passage à la télé d'une série permet au studio qui l'a produit de se faire un peu de revenu.

Dans le cas d'émissions de télévision qui n'ont plus aucun avenir après diffusion, ce simple revenu sert à rentabiliser l'émission.

Certaines chaînes de télévisions vendent leurs slots pour que des studios puissent y diffuser des animes. C'est souvent le cas pour les animes diffusés en fin de soirée. Dans ce cas là, la diffusion télévisée n'est plus une source de revenu.

Les produits dérivés

Vous avez sûrement déjà vu lorsque vous regardez un épisode une petite coupure qui remercie les sponsors de la série. Ces entreprises sont des personnes qui ont participé au budget qui a permis la création de la série.Il est sûr qu'elles ne font pas ça par pur altruisme mais bien pour espérer tirer un profit de ce sponsorship. Généralement, lorsque le nom d'une entreprise apparaît sur ces slides, c'est qu'elles ont un partenariat avec le studio de production pour l'élaboration de produits dérivés. Ainsi, pour être assuré de pouvoir exploiter une série en figurine ou autre déclinaisons, les fabricants sont obligés de participer à la rentabilisation de la série.


Bien sûr cela ne donne pas un droit inconditionnel à l'entreprise de faire n'importe quoi niveau produit dérivé avec une série.

Lorsque l'un de ces sponsors fait un produit, il est soumis à une validation de l'ayant droit de la série et bien sur, une partie du chiffre d'affaire est reversé en royautés.

La vente en DVD ou en VOD

C'est souvent le premier canal source de revenu auquel on pense lorsqu'on parle de source de revenu d'une série.

Le revenu que fourni ce genre de vente est souvent de l'ordre du prix de vente moins le coût de production (masses salariales comprises) et les différentes taxes appliquées. Bien sur la production ne concerne pas simplement le prix des matières premières et des étapes de transformations de celle-ci. Il ne faut oublier d'y intégrer les coûts de conception du produit(création graphique, conception du packaging et des différents goodies fournis).

L'exploitation sur d'autres territoires

Le dernier canal est un récent pour les japonais car il n'était jamais jusqu'à quelques années pris en compte dans la production d'une série.

Pour qu'un éditeur puisse vous fournir une série en France, un contrat de licence est souvent signé et payé. La licence concerne les différents moyens d'exploitations dont jouira le distributeur étranger. Ainsi, un éditeur peut signer pour des droits d'utilisation en VOD sans acheter de droits pour les DVD par exemple.

Lorsque l'éditeur exploite la série, une partie du chiffre d'affaire des ventes part en royautés vers le studio japonais. Le reste permet la rentabilisation de la fabrication, de la distribution et du contrat de licence.



En résumé, nous avons 4 axes sur lesquels les studios créateur d'animes peuvent espérer une rémunération. Certains studio préfèrent miser sur certains axes plutôt que d'autres pour faire leur revenu. Ainsi une série fleuve préférera souvent miser sur les produits dérivés et les droits de diffusion tandis qu'une série visant un public plus otaku visera la vente du DVD et du produit dérivé. L'exploitation a l'étranger est devenu lui un vecteur fort depuis la démocratisation du simulcast dans le monde. Cela permet d'étendre la cible marketing du studio et donc de générer un revenu supplémentaire non négligeable.

Malheureusement...

Il y a toujours un mais qui vient foutre le bordel. Dans ce milieu, c'est le piratage et le fansub. Le piratage a une influence sur 3 des 4 vecteurs de revenu du business model de l'animation japonaise :

La diffusion télévisée (car les gens ne regardent plus la télé mais les vidéos directement téléchargées), la vente DVD (pourquoi acheter si je peux télécharger gratuitement ?) et l'exploitation sur d'autres territoires (quel intérêt de sortir une série si elle est déjà disponible gratuitement en piratage ?).

La conséquence de cette détérioration de 3 des sources de revenus est simple : pour être rentable, il faut baisser le budget d'une série et donc la qualité des séries baisse.

La Solution ?

La solution qui viendrait tout de suite à l'esprit serait tout simplement de changer de business model. Ce n'est pas si simple que ça.

Partir vers un nouveau business model entraîne de revoir un nombre important des processus lors de l'élaboration d'une série mais aussi il faut aussi convaincre de suite les nouveaux vecteurs de revenus.

Un cas pratique : Tiger & Bunny

Tiger & Bunny est une série diffusée en 2011 très particulière. Sunrise, le studio qui l'a produit, a proposé aux entreprises de payer pour pouvoir placer leurs marques sur les vêtements des personnes principaux de l'histoire.On a ici un développement d'une forme de marketing très connu dans le milieu du cinéma : le product placement. Le principe est simple : une marque paye pour avoir son produit mis en valeur dans un film. C'est comme ça que vous pourrait dire que votre scientifique fou préféré boit du Dr.Peppers donc cette boisson est forcément bonne.


Sunrise a trouvé un nouveau vecteur qui semble efficace car ils continuent avec la série en produisant 2 films et peut être une seconde saison. Mais est-ce une bonne solution ?

Je ne pense pas que Sunrise solutionne un problème, il risque même de l'envenimer. Pourquoi ?

Si cette pratique permet de se faire du revenu malgré le piratage, il donne un pouvoir non négligeable aux marques. Si votre série ne fonctionne pas ou ne correspond pas aux attentes d'une marque, elle ne vous achètera pas d'espace publicitaire ou alors avec un gros rabais. La série ne devenant pas rentable, elle ne sera pas produite.

Ce pouvoir laissés aux publicitaires risque d'être un frein à la création de série qui ne rentrent pas dans le moule prédéfini des série à succès obligatoire.

Dans un autre temps, comment lutter contre ces pratiques qui court-circuitent les sources de revenus de notre business model actuel ? Je n'ai pas de solution à ça et apparemment le marché non plus. Il est bien beau de dire aux créateurs de trouver un nouveau business model mais ce n'est pas chose aisée et tout problème n'a pas forcément une solution viable.

Regarder du fansub de série non licencié semble ne pas faire de mal mais c'est clairement un manque à perdre pour l'industrie qui se voit court-circuité d'un canal de revenu. Le piratage qu'il soit au japon ou à l'étranger est dangereux pour l'avenir de l'animation japonaise.

Je ne veux bien sûr là pas rejeter la faute sur les pirates et tomber dans le discours des majors mais les pirates ne sont pas blanc comme neige dans l'histoire.

Il ne faut pas oublier que le dernier vecteurs qui semble pas touché, le produit dérivé, est lui aussi menacé par la contrefaçon que l'on observe énormément dans les conventions de japanimation en France.

Je pense que le marché, s'il reste dans son état actuel est voué à son extinction et c'est bien triste.

Ecrit par le 2011-12-10 12:09:45