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La lecture en ligne aurait-elle enfin un avenir ?


Après un dernier article dénonciateur qui m'a valut des menaces d'attaque en justice de la part de Dybex à cause la photo postée, parlons d'une bonne initiative à promouvoir.
Aujourd'hui, nous allons nous intéresser à une nouvelle pratique légale très intéressante : la lecture en ligne.

Depuis la pseudo émergence des tablettes tactiles (ou « ardoises » en bon français) et des smartphones, un nouveau marché est apparu aux yeux des éditeurs de manga papier : le manga en ligne.
Le manga en ligne n'est pas tout nouveau pour la plupart des gens venant de milieux peu légaux. Depuis de nombreuses années des personnes s'adonnent à la scanlation aussi appelé scantrad. La scanlation est une pratique consistant à illégalement numériser des pages de mangas et les traduire pour les redistribuer sur le net.
L'émergence de l'internet dans le monde a permis à ce phénomène de se développer au point d'atteindre des sommets hors-normes. Parti d'un principe simple et difficilement condamnable, le scantrad voulait à l'origine faire connaître des séries qui n'étaient pas éditées et distribuées chez nous. Même si aujourd'hui certains scanlateurs gardent cette idée à l'esprit, de nombreux scantrads sont aujourd'hui purement illégaux et servent aux « fans » pour assoiffer leur manque de patience ou aux plus avares qui ne veulent pas débourser d'argent pour lire.

Les éditeurs pouvant que difficilement lutter contre le piratage ; une solution équivalente à la VOD a été imaginée pour le manga : la lecture en ligne.


La première tentative de lecture en ligne légale (hors extraits d'éditeur) lancée en France fut Manga Mode en Juin 2009. NTT Docomo, équivalent de SFR et Orange au japon, avait démarré le service dans plusieurs pays d'Europe pour l'ensemble des utilisateurs du réseau Imode. Manga Mode propose en lecture les plus grandes séries du Weekly Shounen Jump de la Shueisha comme Bleach, Naruto, Death Note ou encore Dragon Ball.
Le service n'est accessible que sur les java-phone soit une part très faible de la population mobile Européenne actuelle. Le système utilise un lecteur propriétaire qui permet de lire un format de fichier créé par l'entreprise Bitway. Ce format de fichier permet d'avoir des manga colorisés et scénarisés : plutôt que d'avoir chaque page une à une, le fichier vous présente chaque case les unes à la suites des autres.
Entre le manque d'ergonomie et le manque d'accessibilité du système, il n'a pas su séduire la population française pour le moment.

Pourquoi avoir choisi un mode de distribution aussi restreint que les java-phone ? Il faut savoir que les ayants droits japonais sont généralement relativement frileux en matière d'internet. Les simulcasts qui se sont énormément développés ces deux dernières années ont mis énormément de temps avant d'être acceptés par les japonais.
Le format de Bitway est un format qui a été élaboré avec les ayants droits japonais et l'ensemble des productions fournies sur Manga Mode sont validées directement par les japonais. Bitway n'ayant développé son lecteur seulement pour java-phone, il fut évident pour les japonais que le système ne pourrait être disponible que sur java-phone.
Pour le cas des mangas papier, les ayants droits refusent tout simplement de vendre des droits de publication en ligne des mangas. Enfin, c'était le cas jusqu'à ce qu'il y a peu.

En 2010, Square Enix (qui ne fait pas que des jeux vidéos) lance sa plate-forme de lecture en ligne : Square Enix Mangas. L'éditeur décide de court-circuiter les éditeurs papiers et de distribuer lui même les versions en lignes de mangas déjà traduits en France.
Le service n'est disponible qu'en France et uniquement sur ordinateur. Le lecteur est réalisé en Flash de chez Adobe. Il fait preuve d'une ergonomie relativement peu travaillée ce qui nous offre un faible confort de lecture. Contrairement à Manga Mode, le service demande d'être absolument connecté pour pouvoir lire le manga.
Le business model de la plate-forme ne semble pas très performant car depuis son lancement en été 2010, l'ensemble des tomes mis en ventes sont en promotion. Il faut avouer que le tome en promotion est actuellement à 4€ pièce soit plus de 50% du prix pour la plupart des volumes distribués. Ce prix est extrêmement dissuasif lorsque l'on sait que l'on pourra difficilement emmener son manga pour le lire dans le métro ou sur la plage en été.

Finalement, cette semaine, Izneo, une plate-forme de lecture en ligne de bandes dessinées lance la distribution de Mirai Nikki, série dessinée par Saikai Esuno et distribué en version papier par Sakka. Le premier tome est disponible pour l'instant en location 10 jours gratuitement et l'ensemble des tomes sont achetables à 4,99€ pièce. Vous pouvez aussi louer les autres tomes pendant 10 jours pour 1,99€. 
Le service de Izneo est un peu plus attractif que celui de Square Enix : un lecteur en HTML5 (et donc sans plugin additionnel) est disponible, un achat sur le site vous permet de bénéficier du tome iPhone ou iPad. Malheureusement pour les non utilisateurs des appareils d'Apple, il n'existe pas d'équivalent sur Android.
Les applications iPhone et iPad permettent de télécharger directement les tomes pour pouvoir les lire hors ligne. Malheureusement, la lecture sur iPhone n'est pas confortable et comme pour Square Enix, les différents lecteurs, aussi bien pc que tablette ou téléphone, manquent d'ergonomie.
Le prix hors location reste excessif : 5 euros contre 4 euros chez Square Enix.

On reste encore loin d'un service irréprochable, les prix sont encore chers et les lecteurs loin d'être ergonomique, mais avec ces trois initiatives, on peut voir une évolution des services de lecture en ligne engageante. Il est fort probable que dans les prochaines années se développe un service de lecture en ligne intéressant aussi bien au niveau ergonomique qu'au niveau du prix.
Si cette pratique devient viable pour les éditeurs, il ne faudra que peu de temps pour que les simultrads, la traduction et distribution simultanée des chapitres de manga, se développent. On vient bien de voir Gate 7, le dernier manga de CLAMP, chez Kazé manga bénéficier d'une parution en France simultanée avec le Japon pendant la Japan Expo.
De plus, si cette pratique s'avoue être rentable financièrement pour les éditeurs, les ayants droits japonais seront sûrement plus enclins à fournir des licences en lecture en ligne.

Combien d'entre-vous rêvent d'un simultrad du Weekly Shounen Jump ou du Monthly Gangan Comics ?

Ecrit par le 2011-07-06 21:07:22